LA RANDONNÉE
Le Magazine de Suisse Rando
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N° 2344
St-Ursanne, gare
• JU
Bain de quiétude au-dessus de St-Ursanne
St-Ursanne, petite cité médiévale sur les rives du Doubs, dans le canton du Jura, séduit par sa vieille ville bien conservée et son emplacement paisible entre rivière et falaises. Cette façade idyllique cache toutefois un chapitre sombre: comme bien d’autres endroits en Europe, cette vallée reculée du Jura a connu d’impitoyables chasses aux sorcières aux XVIe et XVIIe siècles.
Peu après le départ de la gare, en direction de l’ouest, le chemin de randonnée bifurque à droite et monte sur un sentier boisé parsemé de sculptures. L’air est frais, les oiseaux gazouillent et les papillons virevoltent. S’ensuit une raide ascension jusqu’à la ferme d’Outremont, dont le magasin permet de s’approvisionner en spécialités.
Une nouvelle montée mène à la butte qui surplombe Outremont. Sur une crête, le chemin traverse une forêt clairsemée et idyllique en direction du nord-est. A gauche, la vue porte sur l’Ajoie verdoyante, la France voisine et les Vosges. A droite, un panorama fantastique se déploie sur le Clos du Doubs, le Chasseral et les Alpes bernoises.
Le chemin de randonnée bifurque ensuite à angle droit et descend à travers un pâturage jurassien jusqu’à la ferme de Montgremay. La bifurcation est balisée, mais le tracé est difficile à voir. Aux Malettes, le chemin longe brièvement la route du col, ce qui exige de la prudence en raison de la circulation. Un peu plus tard, à La Caquerelle, il est conseillé de faire une halte au restaurant avant de descendre doucement la colline à travers prairies et pâturages.
De retour dans la vallée, l’itinéraire débouche soudainement en face de l’entrée d’autoroute de St-Ursanne. Après ce court tronçon bruyant, la randonnée offre encore quelques atouts: l’imposant viaduc ferroviaire de Combe Maran, le charmant paysage fluvial et la vieille ville située un peu plus en aval.
N° 2343
Mettmen
• GL
Randonnée alpine au cœur du canton de Glaris
Entre les deux vallées principales glaronnaises, qui s’étendent en direction de Linthal et d’Elm depuis Schwanden, se trouve un paysage montagneux finement ciselé dont le Gross Kärpf (2794 m) est le point culminant. Les chaînes du Matzlenstock et du Gandstock, au cœur de la région, forment un chapelet de sommets en U autour du lac de barrage de Garichti. Ce site de protection de la faune, le plus ancien d’Europe, a été spécialement créé pour protéger les chamois, les cerfs élaphes et les bouquetins. Ce qui est moins connu, c’est qu’il prodigue aussi de bons habitats à la vipère péliade. Celle-ci apprécie les trous et les crevasses pour se cacher, ainsi qu’une bonne offre de petits rongeurs comme proies. Les endroits où les pierres sont nombreuses et la strate herbacée et arbustive abondante sont donc optimaux.
Un fascinant circuit de randonnée d’environ trois heures et demie conduit de la station supérieure de Mettmen au Seebödeli, passe sous le Gandstock, puis revient au point de départ. L’itinéraire traverse des alpages parsemés d’arbres ou de petites forêts et, dans les zones plus élevées, des prairies et des pâturages. Il permet de jouir quasi en continu d’une vue magnifique sur le Glärnisch ou, au sud, sur la région du Kärpf et, plus loin, sur les Alpes glaronnaises jusqu’au Tödi. Le Seebödeli, point le plus septentrional de la randonnée, est un endroit merveilleux pour faire une pause. La vue s’ouvre ici brièvement au nord et à l’est, en direction du Schilt et du Spitzmeilen. Le tronçon sous le Gandstock est un itinéraire alpin balisé blanc-bleu-blanc. Le chemin est parfois invisible et, dans la zone du Breitrus, il traverse des pentes abruptes. L’itinéraire ne doit être emprunté que par temps sec. Une tour d’observation de la faune en bois se dresse peu avant Widerstein. Le chemin redescend ensuite jusqu’au lac de barrage de Garichti et revient à la station supérieure du téléphérique.
N° 2342
Brienzerberg, Bramisegg
— Iseltwald, Dorfplatz
• BE
Tous les trésors de la Schweibenalp
Un alpage que les druides vénéraient déjà comme site énergétique. Une cascade magique que l’on suit de près, jusqu’à passer derrière son rideau. Un hôtel qui ressemble à un château de conte de fées. Un sentier enchanteur qui longe l’eau et traverse l’une des dernières forêts à l’état naturel de Suisse. Des lieux de baignade isolés au bord du lac de Brienz. Cette randonnée regorge de points forts. Mais elle se frotte parfois aussi au surtourisme, comme au niveau du Grandhotel Giessbach, du funiculaire et du débarcadère d’Iseltwald. Heureusement, la solitude est généralement de mise sur les sentiers.
Depuis l’arrêt de car postal Bramisegg, une petite route d’accès taillée dans la roche traverse les gorges du Giessbach au sud-ouest. En un quart d’heure, elle mène à l’alpe Schweibenalp et à son passionnant sentier de découverte de la permaculture. Le biotope des abeilles sauvages, qui a vu le jour récemment, est également fascinant. De nombreuses plantes sauvages et utiles ont besoin de la visite d’insectes pollinisateurs pour pouvoir produire des graines et des fruits. Parmi eux, les abeilles mellifères et sauvages jouent un rôle crucial. Difficile d’imaginer qu’il en existerait quelque 700 espèces différentes rien qu’en Suisse, à condition de ne pas les priver de leurs moyens de subsistance. Une fois par mois, des visites guidées sont organisées à la Schweibenalp et permettent d’acquérir de nombreuses connaissances de base. Près du bâtiment principal, un indicateur jaune montre la direction à suivre. Un sentier raide serpente le long des niveaux de la cascade à travers les gorges du Giessbach jusqu’au Grandhotel. On peut rallier ce dernier soit par le funiculaire historique, soit par le chemin de randonnée du lac de Brienz. L’itinéraire se poursuit ensuite sur le sentier lacustre jusqu’à Iseltwald.
N° 2341
Champéry, Grand-Paradis
— Champéry, Barme
• VS
Les cantines du Plateau de Barme
Cette randonnée se déroule en grande partie le long d’un imposant cirque rocheux, entre les Dents du Midi et les Dents Blanches. Plusieurs cascades jaillissent majestueusement des parois hautes et escarpées pour tomber vers l’alpe verdoyante.
Mais il faut transpirer un peu pour admirer ce spectacle naturel. Depuis la gare de Champéry, l’itinéraire descend jusqu’aux Couailles. Il est aussi possible de prendre le train touristique (navette) jusqu’à Grand Paradis. La montée commence alors. Après quelques mètres de dénivelé, elle est déjà interrompue par la cascade de la Saufla: avant de traverser le ruisseau, un sentier mène à droite jusqu’à la chute d’eau. Un petit détour qui en vaut la peine. La randonnée grimpe ensuite toujours plus haut à travers la forêt jusqu’à atteindre un alpage. C’est ici que débouche le tronçon mentionné précédemment, qui franchit plusieurs gros ruisseaux, dont l’un se traverse par le pont suspendu de la Belle Etoile. A la sortie du cirque rocheux, il est conseillé de faire une halte au refuge de Bonavau, ne serait-ce que pour les tartes aux fruits.
Une nouvelle ascension s’annonce. Une fois la crête atteinte, un détour passe par le petit sommet du Signal de Bonavau. La vue s’étend jusqu’à la vallée du Rhône, en passant par les Dents du Midi. A partir de là, il ne reste plus qu’à descendre à travers des pâturages de moutons et des forêts jusqu’au Plateau de Barme, où deux cantines attendent les randonneuses et randonneurs. Ces anciens alpages ont été transformés en buvettes avec l’avènement du tourisme aux XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui encore, ces buvettes servent de délicieuses spécialités. Il y a souvent du monde, car une navette fait l’aller-retour entre Champéry et Barme. L’endroit est aussi accessible en voiture. Cela n’enlève toutefois rien à la beauté du lieu.
N° 2340
Isone, Paese
— S. Antonino, Paese
• TI
Balançoire géante au-dessus du tunnel du Ceneri
Quelle sensation incomparable de se balancer sur une grande balançoire, tout en ayant le lac Majeur, le plateau de Magadino et Bellinzone à ses pieds! Cette expérience aérienne spectaculaire est proposée au sommet du Mattro, une montagne en apparence anodine qui surplombe le tunnel de base du Ceneri. Cette montée d’adrénaline exige, outre l’absence de vertige, un pied sûr.
La randonnée commence dans le joli village d’Isone. Elle mène à l’alpe Pedrinasco en traversant des forêts de hêtres et de châtaigniers avec une pente modérée. Environ un quart d’heure après l’alpe, une pierre balisée indique le chemin vers le Mattro. On abandonne alors le chemin de randonnée balisé. Attention, il faut ignorer le panneau de bifurcation blanc avec une balançoire près de l’alpe Pedrinasco, car ce chemin ne mène pas à la destination voulue.
Une fois sur le Mattro, il faut commencer à descendre vers Sant’Antonino. La vue plongeante sur l’enchevêtrement de routes et de voies ferrées est impressionnante. Derrière Bellinzone, les trains disparaissent dans le tunnel de base du Ceneri tandis que les voitures se suivent sur l’autoroute du col. Après Cima di Dentro, la forêt redevient une fidèle compagne.
Le deuxième plaisir de la journée se dévoile au point 576 / Monti dei Bassi. Un détour par la route forestière en direction de Pianaccio mène à l’Arboreto di Copera. La surface forestière expérimentale de Copera, non accessible au public, a été plantée dans les années 1950 avec 71 espèces d’arbres, dont 49 exotiques. Son but était de déterminer quelles espèces pourraient être une alternative au châtaignier, alors atteint du chancre de l’écorce du châtaignier. La maladie fut toutefois moins agressive que prévu et les châtaigniers tessinois survécurent. Un sentier didactique permet de découvrir les arbres issus du projet-pilote.
De retour sur le chemin de randonnée, la descente raide se poursuit à travers la forêt. Lorsque le bruit de l’autoroute prend le dessus, la destination n’est plus très loin.
N° 2337
Davos Laret
— Lavin
• GR
Deux jours entre le Pischahorn et la Basse-Engadine
Le Pischahorn s’élève plus de 1300 mètres au-dessus du tunnel de la Vereina, à mi-chemin environ entre le Weissfluhjoch et le Piz Buin. Il ne franchit juste pas la barre des 3000 mètres, mais sa position dégagée offre une vue superbe sur les sommets autour de Davos et la Basse-Engadine. Par temps clair, on voit même l’Ortles (3905 m) et le Piz Bernina (4048 m) au sud-est et au sud.
L’ascension depuis Davos Laret par le Mönchalptal, sur environ 1600 mètres de dénivelé, est exigeante. Mieux vaut partir tôt. La montée est constante mais presque toujours en pente douce. Le lac Pischasee, en forme de cœur et aux eaux turquoise, est à quelques centaines de mètres à droite du chemin, à 2500 mètres d’altitude environ. La montée est entièrement balisée en blanc-rouge-blanc. Sur la crête sommitale, un court tronçon passe sur un sentier taillé dans une paroi rocheuse escarpée, mais il est parfaitement sécurisé par une corde. Depuis le glacier du Hafentälli, sur les versants nord du Pischahorn, il n’y a hélas plus rien à voir. La descente vers Säss et Vereina passe sans difficulté par des éboulis puis par des dalles rocheuses et des alpages. Bâtie sur un petit éperon à la jonction des vallées de la Vereina, de Vernela et de Süs, l’auberge de montagne Vereina jouit d’une superbe situation.
Le deuxième jour, il ne reste qu’une ascension de 650 mètres vers le col de la Vereina. Le paysage rocheux et aride du col est très impressionnant. L’imposante pyramide du Piz Linard, le plus haut sommet de la Basse-Engadine qui culmine à 3410 mètres, se reflète dans deux lacs aux eaux cristallines. La descente par le Val Sagliains traverse, dans sa partie supérieure, des alpages parsemés de rochers; plus bas, le chemin est assez cahoteux et accidenté et empêche de progresser aisément. Au-delà de la gare de chargement de Saglians (non accessible aux randonneuses et randonneurs), on rejoint enfin la gare de Lavin.
N° 2338
Acquacalda
— Predelp
• TI
De la Valle di Blenio à la Leventina
Cette randonnée ne pourrait être plus variée. Dès la première heure, on a droit à un grand moment: à deux pas du centre Pro Natura de Lucomagno, on pénètre dans la réserve forestière de Salvasèca, composée pour moitié d’une forêt subalpine d’épicéas. L’autre moitié est peuplée de mélèzes et d’aroles. La Salvasèca a un relief extrêmement varié, qui comprend de hauts marais humides et des sites rocheux et secs. Le lieu abrite de nombreuses espèces animales.
Sur l’Alp Larecc, on a atteint la limite de la forêt. Lors de la deuxième heure de marche, on arrive aussi à la limite des arbres. Surplombant la gorge du Ri da Larècc, on monte vers un plateau aride, au milieu duquel se trouve le Lago di Cane. Il est alimenté par les nombreux Canali di Lareccio qui descendent des sommets environnants. Détail intéressant: ici, et plus loin également, après le Passo Predèlp, on se trouve littéralement au-dessus du tunnel de base du Gothard. Au point 2231, on bifurque à gauche. Au cours de l’heure de marche suivante, on monte par un terrain isolé jusqu’au Passo Predèlp, la porte d’entrée de la Leventina. La vue sur les montagnes est époustouflante.
Une bonne heure de marche, la dernière, permet enfin de descendre vers Predèlp. En suivant les balisages, on atteint les pâturages de l’Alpe Sasso Jei. Depuis là, le sentier est raide et, par endroits, à peine discernable. Il faut bien regarder où l’on met les pieds entre les touffes d’herbe, notamment à cause des vipères qui aiment ce terrain. Ici et là, de l’eau jaillit de la roche. On rejoint alors l’Alp Predèlp et son arrêt de bus. S’il reste encore du temps – le bus en direction de Faido circule en fin d’après-midi – on peut s’attarder dans l’agriturismo tout proche.
N° 2339
Preda
— Spinas
• GR
Eaux sauvages sur la Via Albula
Sur son étape reine de Preda à Spinas, la Via Albula/Bernina mène au Val Bever (GR). Le paysage de lacs alpins se fait particulièrement impressionnant au Crap Alv. Avant la descente abrupte, la vue sur le Val Bever est grandiose.
La randonnée démarre à Preda, sept kilomètres au-dessus de Bergün. L’accès se fait en train depuis Coire. La ligne de chemin de fer étant inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, le trajet est déjà une expérience en soi. De la gare de Preda, l’itinéraire s’enfonce rapidement dans la forêt. La montée au col de l’Albula se fait à l’ombre et passe à côté du joli lac de Palpuegna, dont les ravissantes places de pique-nique invitent à faire une première pause. Le chemin emprunte ensuite des passerelles en bois pour traverser les nombreux ruisseaux et traverse les alpages. Les arbres deviennent plus clairsemés au fil de l’ascension. Le chemin croise deux fois la route du col avant de bifurquer à droite dans une vallée adjacente juste avant ce dernier.
Le regard s’ouvre un peu plus à chaque pas sur une vue fantastique du Lajets digl Crap Alv. Le lac de montagne est niché au pied d’un versant raide, dans un paysage alpin vallonné et escarpé. C’est ici que démarre l’ascension finale jusqu’au Fuorcla Crap Alv, constante, sur un chemin bien aménagé.
Une fois au col, à 2466 mètres d’altitude, la vue sur l’Engadine est absolument spectaculaire. La Beverin sauvage serpente dans les deux sens du Val Bever, aussi loin que l’œil puisse voir. Les pentes abruptes et les sommets majestueux viennent parfaire cette image imposante.
Rapidement, la concentration est toutefois requise: la descente dans la vallée ne doit pas être sous-estimée. Raide, glissante et exposée, elle présente une dénivellation de 700 mètres qui met les jambes à rude épreuve. L’effort est récompensé par l’idyllique paysage fluvial du fond de vallée, qui invite à pique-niquer et à se rafraîchir les pieds dans la rivière. La randonnée s’achève à Spinas, pour reprendre la ligne de l’Albula.
N° 0933
Les Hauts-Geneveys
— Montézillon gare
• NE
De la Tête de Ran à L’Aubier (NE)
Sur l’itinéraire qui mène des Hauts-Geneveys à la Tête de Ran (1329 m), puis qui longe le chemin des crêtes vers le Mont Racine avant de descen* dre à Montézillon, la vue porte au-delà des lacs de Neuchâtel et de Morat, jusqu’aux Alpes qui, telles un collier de perles, bordent l’horizon. Le but de cette randonnée gourmande est L’Aubier, l’un des rares hôtels écologiques de Suisse. Tout ce qui est servi ici est de production biologique et a été cultivé en grande partie dans la ferme selon les principes de l’agriculture Demeter. La ferme livre du lait, du fromage et des céréales. La volonté de respecter la nature se reflète aussi dans les matériaux de construction de L’Aubier: bois et pierre naturelle sont ici dominants. Le tartare de boeuf est un vrai délice: la viande du domaine, coupée à la main, est extrêmement goûteuse et la portion est généreuse, comme tout ce que propose L’Aubier. Les végétariens ne sont pas oubliés: le choix va du jus de carotte aux su* shis végétariens, de la mousse au chocolat aux meringues et aux glaces. Le pain est lui aussi maison, préparé par le maître des lieux. Le fait que le restaurant offre un vue magnifique ajoute au plaisir du repas. Christoph et Michèle Cordes, qui gèrent L’Aubier, ont l’hospitalité dans le sang. Ils consacrent du temps à leurs hôtes et sont ouverts à tout, un vrai «duo qui a du coeur». Michèle est romande, Christoph est d’origine allemande, une «fusion» qui a créé une attitude d'ouverture sur le monde transmise non seulement aux trois enfants, mais aussi au chien de la famille. C’est en effet avec une énergie débordante que Kofi a suivi Christoph, qui a lui aussi effectué la randonnée d’une durée de quatre heures (voir la vidéo). L’Aubier est né dans les années 1970, de l’idée de quelques jeunes gens. Aujourd’hui, 1300 fans d’écologie soutiennent par leur participation et leurs contributions l’hôtel auquel appartient également un café à Neuchâtel.