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Portraits

Rencontrée au lac de Constance

Martina, la sirène, explique pourquoi elle se sent particulièrement bien dans les eaux suisses.
10.07.2026 • Texte et images: Angelika Imhof

Où?

Au bord du lac de Constance, près de Bottighofen (TG), dans une charmante baie avec plage de sable et arbres prodiguant de l’ombre. Un clapotis se fait entendre. Un poisson?

Le lac de Constance au printemps
Kreuzlingen Hafen — Uttwil • TG

Le lac de Constance au printemps

Le 12 février 1864, un épais brouillard recouvrait le lac de Constance. Les bateaux à vapeur «Jura» et «Stadt Zürich», qui effectuaient leur course habituelle entre Constance et Romanshorn, entrèrent violemment en collision. Le «Jura» coula en trois minutes, faisant une victime: le mousse. Un siècle plus tard, en 1976, Hans Gerber, un plongeur sportif, découvrit l’épave par 40 mètres de profondeur après des recherches minutieuses, devant Bottighofen. Aujourd’hui, le site subaquatique et archéologique est placé sous la protection du canton. L’épave doit être protégée contre les pillages et les dommages causés par des plongées inadaptées. Le «Jura» reste quand même le but de plongée le plus connu du lac. Hans Gerber, à lui seul, s’y est rendu 720 fois. La rive du lac, près de Bottighofen, est un bel endroit pour une balade printanière. Elle commence au port de Kreuzlingen et traverse le Seeburgpark, un parc naturel où se dresse une tour d’observation et paissent des vaches Highland. Jusqu’à Münsterlingen, le tronçon est bétonné par endroits et il faut composer avec les cyclistes avant de retrouver les sentiers en gravier qui permettent de longer la rive jusqu’à Uttwil en passant par Altnau, Güttingen et Kesswil. Chemin faisant, on fait le plein de belles vues sur le vaste lac et les montagnes, et l’on profite des lieux au bord de l’eau pour sa pause: foyers à grillades, pelouses ou restaurants, il y en a pour tous les goûts. Il est aussi possible de voir le «Jura» au cours de la balade puisque le chemin passe à côté du Musée du lac de Kreuzlingen, situé dans le Seeburgpark. On y admirera notamment la cloche du bateau, qui avait mystérieusement disparu et qui est tout aussi inexplicablement réapparue.

vers la proposition de randonnée

Qui?

Non, une sirène! Elle s’appelle Martina Intveen, est originaire de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et fréquente souvent le coin. Parfois à terre, quand elle se promène avec son chien. Mais généralement dans l’eau. Elle porte alors une gracieuse queue et se transforme en créature marine.

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La sirène Martina aime les rives sablonneuses comme ici, à Bottighofen (TG).

Quoi?

Quand Martina Intveen n’explore pas le monde sous-marin du lac de Constance, elle donne des cours d’aquagym. Elle enseigne en outre aux enfants la «nage sirène» à la piscine Bad Egelsee de Kreuzlingen. «Même s’il serait plus correct de parler de plongée de sirène que de nage», explique-t-elle.

Pourquoi?

«J’aime beaucoup enseigner. Les enfants prennent de l’assurance dans l’eau tout en s’amusant et n’ont ainsi plus peur de la plongée.» Elle n’a jusqu’à présent que des filles dans son cours, bien qu’il soit ouvert à tous les sexes. La seule condition est qu’un enfant puisse nager 25 mètres d’affilée.

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Comment?

«C’est comparable à la plongée en apnée classique, c’est-à-dire sans oxygène. Sauf que nous, les sirènes, n’avons qu’une queue au lieu de deux palmes. Et nous ne nous aidons pas de nos bras. Au lieu de cela, nous les tendons vers l’avant au-dessus de la tête ou les tenons élégamment près du corps», explique Martina Intveen pour décrire l’art de la plongée. «Sous l’eau, nous jouons différents rôles, cherchons des coquillages ou soufflons des bulles d’air.»

Normalement, elle n’aime pas du tout plonger. Mais en tant que sirène, c’est un peu magique: «C’est grisant.»

Combien le lac de Constance compte-t-il de sirènes?

Martina Intveen rit. «Malheureusement, je suis la seule.» La tendance n’est pas encore arrivée dans notre pays: «Avec leurs eaux limpides, les lacs suisses s’y prêtent pourtant parfaitement – on n’a même pas besoin de lunettes de natation.» Le milieu est plus établi aux Etats-Unis. Là-bas, certaines sirènes ont des queues en silicone qui coûtent jusqu’à 1000 francs. Martina paie environ un dixième de ce montant pour sa queue en tissu de maillot de bain.

Quelles sont les eaux les plus attrayantes?

«Mon rêve de sirène est de plonger un jour aux Maldives avec des poissons, des raies et des requins», révèle Martina Intveen. «J’aimerais bien le réaliser à l’occasion de mes 60 ans.»

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    Angelika Imhof

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